Qualité allemande, coûts slovaques et suicides à la chaîne chez Peugeot
Par Economique le mercredi, septembre 5 2007, 11:07 - Société multinationale - Lien permanent
Le patron de PSA Peugeot Citroën présente aujourd’hui son plan stratégique. Il veut atteindre une qualité allemande tout en s’inspirant du «modèle slovaque» pour les coûts. Seule ombre au tableau: une vague de suicides fait rage dans l’usine de Mulhouse.
Le nouveau patron du groupe PSA Peugeot Citroën, Christian Streiff, est un fonceur qui rongeait son frein. Après un passage de six mois à la tête d’un Airbus en pleine déconfiture en 2005 et une succession ratée à la direction de Saint-Gobain en 2006, ce grand patron à la française a enfin trouvé un trône à sa mesure.
Essoufflé et dispersé
Le plan stratégique qu’il dévoile aujourd’hui devra en faire la preuve, en fixant des objectifs de rentabilité ambitieux pour les huit prochaines années.
De son prédécesseur Jean-Martin Folz, Christian Streiff a hérité d’un groupe essoufflé financièrement et dispersé dans une gamme trop vaste. En trois ans, le constructeur a perdu 1,5% de parts de marché en Europe et sa marge opérationnelle est tombée à 0,6% du chiffre d’affaires en 2006, contre 2% en 2005.
Le plan de relance imaginé par Christian Streiff se résume en deux objectifs: atteindre une qualité «à l’allemande», tout en faisant pression sur chaque unité de production en leur donnant comme référent l’usine slovaque, la plus productive du groupe.
«Abaisser le point mort»
La nouvelle Peugeot 308, qui sera commercialisée le 20 septembre, se veut le symbole de cette première ambition. Son moteur est issu d’un partenariat avec BMW et son agencement intérieur a été conçu pour évoquer celui d’une Audi. Au chapitre de la réduction des coûts, Christian Streiff affirmait en février déjà qu’un «changement drastique dans le rythme des économies» serait inévitable pour «abaisser le point mort». Le directeur n’utiliserait probablement plus la même formule aujourd’hui. Car depuis le début de l’année, le groupe a connu une vague sans précédent de suicides parmi ses salariés: six d’entre eux ont mis fin à leurs jours, dont cinq sur le site de Mulhouse, qui se prépare justement à produire la 308. Dernier cas en date, Mario Graffi, un ouvrier de 55 ans, s’était pendu dans l’atelier de ferrage le 16 juillet. Le syndicat CGT a violemment mis en cause les conditions de travail pour expliquer cette série noire.
Un «amalgame»
L’an dernier, Renault avait également connu une vague de trois suicides en trois mois. Le PDG Carlos Ghosn s’était alors dit «très préoccupé». «Renault n’a pas le droit à l’échec, mais un salarié peut échouer», avait-il admis.
Chez PSA, on ne poussera pas aussi loin l’autocritique. Après un long silence, Christian Streiff s’est insurgé dans la presse contre «l’amalgame qui est fait pour dire que le travail tue», en concluant: «Il faut combattre cette idée et ne pas culpabiliser.»